|
Réalisé en 1983 par le grand cinéaste américain Brian De Palma, Scarface est le remake modernisé du classique de Howard Hawks datant de 1932.
Authentique film-culte, le film de De Palma est un opéra sanglant, baroque, qui a l’air d’avoir été tourné sous acide.
Dominé par l’interprétation hallucinée d’Al Pacino, Scarface reprend les thèmes abordés en filigrane par Hawks pour les exacerber, par exemple la relation incestueuse entre Tony Montana (Pacino) et sa sœur Gina (Mary Elizabeth Mastrantonio).
De Palma livre une fresque d’un dynamisme époustouflant, multipliant avec brio les scènes de bravoure, mais n’oubliant jamais le personnage paradoxal de Tony.
D’une violence parfois inouïe (la scène de la tronçonneuse), Scarface est un mélange détonnant de sophistication et de trivialité, où De Palma regarde froidement les actes irresponsables commis par Tony par le biais d’une mise en scène survoltée mais distanciée.
Les excès graphiques du film ont d’ailleurs donné naissance à tout un pan du cinéma d’action américain qui a réutilisé sans recul, de manière purement mécanique, la brillante technique de De Palma.
Pacino compose un personnage réellement dangereux, coincé entre sa différence et le désir de rentrer dans le système. Il en résulte une schizophrénie latente qui débouchera sur une violente paranoïa.
De Palma narre avec une incroyable virtuosité le parcours chaotique de Tony, de sa montée à sa chute.
Ecrit par Oliver Stone, le film permet à De Palma de dresser une sorte de récapitulatif de son cinéma, où s’entrecroisent le voyeurisme, l’impuissance,… mais dans un style baroque et hystérique, assez éloigné de son cinéma en général.
Grand film malade, Scarface n’est sans doute pas le plus grand film de son auteur, mais il reste une expérience unique pour le spectateur et dresse un portrait cynique et désespéré du rêve américain.
|